j’ai « meuh » la « lait »cture

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Le grand Pan (Georges Brassens)

Posté : 4 avril, 2009 @ 6:25 dans chansons | 2 commentaires »

Du temps que régnait le Grand Pan,  Les dieux protégeaient les ivrognes
Un tas de génies titubants Au nez rouge, à la rouge trogne.
Dès qu’un homme vidait les cruchons, Qu’un sac à vin faisait carousse
Ils venaient en bande à ses trousses Compter les bouchons.
La plus humble piquette était alors bénie, Distillée par Noé, Silène, et compagnie.
Le vin donnait un lustre au pire des minus, Et le moindre pochard avait tout de Bacchus.  

Mais se touchant le crâne, en criant « J’ai trouvé » La bande au professeur Nimbus est arrivée
Qui s’est mise à frapper les cieux d’alignement, Chasser les Dieux du Firmament.

Aujourd’hui ça et là, les gens boivent encore, Et le feu du nectar fait toujours luire les trognes.
Mais les dieux ne répondent plus pour les ivrognes.  Bacchus est alcoolique, et le grand Pan est mort.

Quand deux imbéciles heureux S’amusaient à des bagatelles,
Un tas de génies amoureux Venaient leur tenir la chandelle.
Du fin fond du champs Elysées Dès qu’ils entendaient un « Je t’aime »,
Ils accouraient à l’instant même Compter les baisers.
La plus humble amourette était alors bénie Sacrée par Aphrodite, Eros, et compagnie.
L’amour donnait un lustre au pire des minus, Et la moindre amoureuse avait tout de Vénus.

Mais se touchant le crâne, en criant « J’ai trouvé » La bande au professeur Nimbus est arrivée
Qui s’est mise à frapper les cieux d’alignement, Chasser les Dieux du Firmament.

Aujourd’hui ça et là, les cœurs battent encore,  Et la règle du jeu de l’amour est la même.
Mais les dieux ne répondent plus de ceux qui s’aiment. Vénus s’est faite femme, et le grand Pan est mort.

Et quand fatale sonnait l’heure De prendre un linceul pour costume
Un tas de génies l’œil en pleurs Vous offraient des honneurs posthumes.
Et pour aller au céleste empire,  Dans leur barque ils venaient vous prendre.
C’était presque un plaisir de rendre Le dernier soupir.
La plus humble dépouille était alors bénie, Embarquée par Charon, Pluton et compagnie.
Au pire des minus, l’âme était accordée, Et le moindre mortel avait l’éternité.

Mais se touchant le crâne, en criant « J’ai trouvé » La bande au professeur Nimbus est arrivée
Qui s’est mise à frapper les cieux d’alignement, Chasser les Dieux du Firmament.

Aujourd’hui ça et là, les gens passent encore, Mais la tombe est hélas la dernière demeure
Et les dieux ne répondent plus de ceux qui meurent. La mort est naturelle, et le grand Pan est mort.

Et l’un des dernier dieux, l’un des derniers suprêmes, Ne doit plus se sentir tellement bien lui-même
Un beau jour on va voir le Christ Descendre du calvaire en disant dans sa lippe
« Merde je ne joue plus pour tous ces pauvres types. J’ai bien peur que la fin du monde soit bien triste. »

legrandpan4.jpg
dessin de ma soeur et moi

L’auteur-compositeur-interprète Georges Brassens (1921-1981) écrit cette chanson pour dénoncer le rationalisme envahissant notre monde. Le professeur Nimbus, personnage de bande-dessinée, représente ici la science luttant contre la croyance et le rêve de l’Homme. J’aime ce texte pour ce qu’il dénonce mais aussi pour les aperçus idylliques que nous laisse entrevoir Brassens du temps de cet « âge d’or » où les dieux vivaient parmi les mortels.

 

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